Choisir les vraies priorités : NON aux Gripen ! le 18 mai

Le 18 mai prochain, le peuple suisse se prononcera entre autre sur l’achat de 22 nouveaux avions de combat.

Cette votation fait suite au référendum lancé par les forces de gauche, soutenues par certains groupes minoritaires de droite (verts libéraux), contre la « loi sur le fonds Gripen » acceptée en septembre 2013 par la majorité bourgeoise des chambres fédérales.

Plusieurs bonnes raisons nous poussent à refuser clairement l’achat de 22 Gripen :

–          leur utilité n’est pas démontrée : en 2010, alors que le Conseil fédéral, pour des soucis budgétaires, avait gelé pour quelques années la procédure d’acquisition, les services d’Ueli Maurer écrivaient que « les 33 FA-18 suffisent pour remplir les tâches de police aérienne ! »

–          Notre pays n’a donc pas vraiment besoin de ces nouveaux avions. De l’avis des spécialistes, la sécurité de notre espace aérien peut être efficacement assurée par notre flotte récemment révisée de FA-18, des avions disposant de deux réacteurs, ce que le Gripen E n’aura même pas.

–          De récents événements (comme le détournement d’un avion éthiopien sur Genève-Cointrin) ont montré que la collaboration avec les pays voisins, en matière de sécurité aérienne, fonctionnait très bien en dehors des heures de bureau… périodes pendant lesquelles nos pilotes ne sont pas actifs !! On pourrait donc développer ces collaborations et faire ainsi d’importantes économies sans nuire à la sécurité.

–          Si des investissements dans le domaine de la défense aérienne sont à envisager, les membres socialistes de la commission de la défense sont d’avis que notre choix doit se porter sur des drones et des hélicoptères. Ces moyens de déplacement et de secours sont parfaitement adaptés à la géographie escarpée de la Suisse. Et pourquoi pas un avion de transport de troupes, toujours refusé jusqu’à présent, avion qui contribuerait à donner à notre pays les moyens d’une politique étrangère active en faveur du maintien de la paix dans le monde et permettrait d’acheminer de l’aide en cas de drame humanitaire.

–          Même au sein des partis de droite, le choix du Gripen est contesté. De fortes réticences ont été exprimées au Parlement en particulier eu égard au fait que le Gripen E n’est encore qu’à l’état de prototype et que ses concurrents, Rafale et Eurofighter, sont des avions plus aboutis et qui présentent des performances supérieures.

 

Malgré tout, Ueli Maurer est parvenu à imposer son choix. Le frein aux dépenses a été desserré par le biais de l’adoption de la « loi sur fonds Gripen », fonds qui sera alimenté via une ponction moyenne annuelle de 300 millions pendant dix ans dans le budget de l’armée.

L’acquisition des 22 jets est budgétée à 3,126 milliards de francs. Mais si l’on considère les frais de développement et d’entretien, la facture totale pourrait atteindre quelque 9 milliards pour 25 ans.

Alors que les parlementaires des partis de droite ne cessent de plaider pour une plus grande maîtrise des dépenses, ils ne nous ont pas indiqué dans quels domaines ils comptent compenser ces importantes dépenses supplémentaires. Au vu des contenus des programmes d’économies imposés par le passé, on peut craindre qu’à l’avenir des coupes soient réalisées dans les budgets de la formation et de la recherche, des assurances sociales ou de l’aide au développement, voire de l’agriculture !

Avant le vote du 18 mai, il faut donc que les électeurs aient bien conscience qu’un oui à l’achat de Gripen dont notre pays n’a pas vraiment besoin se traduira ensuite par des mesures d’économies dans secteurs dont l’importance est primordiale pour l’avenir et la cohésion de La Suisse.

Les partisans de l’achat de nouveaux avions de combat brandissent l’importance des commandes compensatoires que Saab et la Suède ont dû promettre de passer auprès des entreprises suisses pour décrocher le contrat. A ce propos, les expériences passées, lors de précédents achats d’avions, montrent que ces promesses n’ont souvent été que très partiellement honorées. Si on veut vraiment aider les entreprises de notre pays, avec des centaines de millions voire des milliards de francs, on peut mettre en œuvre bien des mesures plus sûres et efficaces tels que par exemple  des programmes d’investissements publics ou de soutien à l’innovation !

Surfant sur la vague du très net rejet de l’initiative contre l’obligation de servir, Ueli Maurer et ses troupes mènent campagne en affirmant que «les forces aériennes sont un élément de notre armée : affaiblir l’aviation, c’est affaiblir l’armée !». On veut ainsi faire vibrer la corde patriotique toujours sensible des citoyens soldats. Or, la véritable question est de savoir si le peuple suisse veut dépenser des milliards pour acquérir des avions qui ne répondent pas au mieux aux besoins de défense d’aujourd’hui et de demain et devoir ensuite économiser drastiquement dans des domaines vitaux pour notre pays… surtout au moment où les fonds européens de recherche ne sont plus à disposition des institutions suisses !

Ne nous laissons pas abuser par la fascination pour des avions de combat qui ne répondent pas à nos véritables besoins stratégiques, votons clairement NON à ce gaspillage d’argent que nous risquons de payer trop cher !

 

Jacques-André Maire

Conseiller national

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