Allocution prononcée lors la fête nationale à La Sagne (NE) : Extraits

Mesdames et Messieurs les représentants des autorités,

Mesdames et Messieurs les organisateurs,

Mesdames et Messieurs, chers amis de la commune voisine,

 

Je tiens tout d’abord à exprimer  mes très vifs remerciements aux organisateurs de la fête de m’avoir invité à vous adresser quelques mots ce soir…car cela n’était pas tout à fait évident…

En effet, il peut paraître surprenant qu’une commune dont tous les membres  des autorités politiques appartiennent à un seul et même parti, à savoir le PLR, invitent comme orateur de la fête nationale un conseiller national membre du parti socialiste…et qui vient de plus de la commune voisine… parfois encore ressentie par certains comme une rivale !

Cela montre bien que même si l’Impartial titrait mardi dernier que « La Sagne est la championne des limitations de vitesse »… Elle sait aussi avancer très vite sur le chemin de l’ouverture et des rapprochements !

Plus sérieusement, cette invitation est bien sûr un beau signe d’ouverture et d’amitié qui mérite d’être souligné, et cela s’inscrit aussi parfaitement dans l’esprit de notre culture helvétique que nous célébrons ce soir… et je vais brièvement tenter de le démontrer en faisant appel à quelques-uns de nos souvenirs d’histoire suisse !

Ce soir, nous célébrons ensemble le pacte fédéral de 1291… même si les historiens sont d’avis que ce texte a été écrit bien plus tard, cela n’en change pas le fond !

Au-delà des différences qui pouvaient les diviser, les trois communautés d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald ont promis dans leur pacte de se porter assistance en cas de danger.

En signant cette alliance, les régions situées au cœur de la Suisse actuelle ont décidé de surmonter ensemble leur peur de l’autre et de se soutenir mutuellement. Les trois cantons fondateurs ont osé regarder plus loin que leurs montagnes et que les limites de leurs vallées…ou de leurs communes. Ils ont misé sur l’avenir et sur un destin commun. Ils ont pris le risque de la confiance, ils ont décidé d’unir leurs destins en respectant les autres dans leurs différences et en inventant une nouvelle façon de vivre ensemble.

Le Pacte fédéral préfigure la Suisse d’aujourd’hui, une Suisse dont les petites entités, communes et cantons, devenues trop petites pour relever toutes seules les défis d’une société globalisée, doivent impérativement s’unir pour chercher des solutions à l’échelle de nouvelles unités régionales. Celles-ci sont en voie de création à l’échelle intercommunale et intercantonale et elle doivent se construire de manière solidaire, dans le respect de chacun et en particulier des minorités.

Albert Camus a écrit que : « La démocratie n’est pas la loi de la majorité, mais la protection des minorités ! »

A ce propos, je peux témoigner que depuis bientôt deux ans que je siège à Berne, je ressens, comme jamais auparavant, à quel point je fais partie de la minorité… ou même de plusieurs minorités. Cela est vrai au plan politique, comme membre du petit tiers de parlementaires de gauche face à la très nette majorité de droite… mais aussi bien entendu comme francophone face à la très large majorité alémanique et plus encore comme représentant de l’Arc jurassien… une petite minorité au sein de la minorité latine !

Si nous voulons que la Suisse ait un avenir, il est impératif que les responsables politiques de notre pays retrouvent l’esprit de 1291. Oui, il est de notre devoir de trouver ensemble des solutions qui satisferont certes la majorité de nos concitoyens mais qui ne laisseront personne, ni aucune région minoritaire au bord du chemin !

La recherche de ces solutions nécessite une ferme volonté de vivre et de travailler ensemble, au-delà de nos différences culturelles, économiques ou d’opinions. Pour ce faire, nous devons être habités des valeurs qui ont fait la grandeur de notre pays, en particulier, le respect de l’autre, la confiance, la solidarité entre les plus forts et les plus fragiles ou encore la recherche de la concordance. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons continuer à bâtir la Suisse du 21ème siècle, une Suisse désireuse d’avancer, de relever les défis d’aujourd’hui et de demain sans perdre son identité et ses valeurs fondamentales dont nous pouvons être fiers.

Malheureusement, aujourd’hui, plus qu’hier, certains, souvent aidés par les médias, préfèrent entretenir des querelles vaines et stériles. Ils jouent avec les peurs et les émotions des suisses pour exacerber les antagonismes et préconiser le repli sur soi et la politique suicidaire de l’isolement et de la fermeture en se référant à un passé idéalisé et désuet. Non, la Suisse, centre géographique de l’Europe, n’est pas une île et elle ne peut pas vivre sans faire preuve d’ouverture envers ses voisins grâce auxquels elle gagne deux francs sur trois en exportant vers eux ses produits de haute technologie. De plus, au vu de sa très faible natalité, notre pays commence à manquer, et manquera à l’avenir, de main d’œuvre qualifiée ou de personnes prêtes à accomplir les tâches que beaucoup de suisses refusent d’effectuer.

La Suisse n’est pas seulement une communauté d’intérêts et son existence n’est pas seulement utilitaire, notre patrie est d’abord un « projet de vivre ensemble » dans lequel chacun de ses habitants, qu’il soit né en Suisse ou ailleurs, doit être reconnu dans sa culture, sa langue, sa religion… oui, La Suisse est un défi permanent.

Le pacte fédéral que nous célébrons ce soir peut être considéré comme la première pierre de notre vie communautaire, mais nous devons bien considérer que l’ouvrage ne sera jamais achevé et qu’il nous appartient à tous de le remettre constamment sur le métier…

Nous avons les ressources pour réussir !

Encore faut-il y croire et nous engager  avec conviction pour construire tous ensemble notre avenir.

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